La description : un point fort de l’écriture journalistique!

30 juin 2020 0 Par Gnim
La description : un point fort de l’écriture journalistique!

« Je pense que pour raconter, il faut avant tout se construire un monde, le plus meublé possible, jusque dans les plus petits détails. » disait Umberto Ecco dans son Apostille au Nom de la rose. Et si nous partons du principe que communiquer aujourd’hui est plus qu’une affaire d’arguments mais d’histoires que l’on raconte avec bonheur, conviction et engouement, il devient évident qu’un journaliste digne de ce nom doit intégrer dans son kit de savoir-faire quelques règles de l’art de décrire. Car un article n’est pas un compte rendu d’expérience scientifique. Ce n’est pas non plus un rapport administratif. Ecrire un article, c’est décrire les choses de la vie.

Qu’est-ce que décrire ?

Décrire, c’est rendre présents à l’imagination d’un lecteur des paysages, des objets, des personnages, des scènes qu’il n’a pas réellement devant lui, c’est essayer de les recréer avec des mots. Mais chacun de nous a sa façon propre de voir et de sentir, d’être intéressé par telles apparences des choses, d’en remarquer et d’en préférer certaines plutôt que d’autres.

Décrire, c’est donc aussi présenter sa vision personnelle de la réalité, même si l’on croit s’être contenté d’en noter tout simplement ce que l’on observe.

Quelques règles de l’art de décrire

Primo, posséder la langue concrète des sensations car ce sont nos sens qui nous révèlent les apparences diverses des choses. Il faut utiliser les vrais mots descriptifs, ceux qui traduisent les impressions des sens. Nous devons donc éviter les mots abstraits qui servent à exprimer des sentiments et qui nous ramènent à notre monde intérieur.

Secundo, il faut savoir choisir. La description n’a pas pour finalité d’épuiser toutes les remarques possibles. C’est un arrangement personnel de l’auteur. Une description surchargée disperse, parmi des détails trop nombreux, l’attention du lecteur, qui ne se forme plus une vision  d’ensemble. Tercio, traduire discrètement l’émotion. Il est vrai qu’il ne faut pas substituer nos impressions à la peinture réelle des choses. Cela ne veut pourtant pas dire que l’émotion de l’auteur doit être absente d’une bonne description. Un mot de sentiment viendra détendre une page uniquement

pittoresque. Le choix des images et la cadence même des phrases sont guidés par l’émotion de l’auteur.

Description : point fort de l’article de presse

La description est utilisée dans l’écriture journalistique pour donner une série d’informations concrètes et particulières sur le sujet. L’auteur y donne une série de détails qui fonctionnent comme une tranche de vie, première approche d’une réalité souvent traitée plus abstraitement par le reste du texte. A titre d’exemple cet extrait d’un article de Christophe Boltansky[1] paru dans Libération : «  Quatre soldats, coiffés d’un béret vert, les mains agrippées à leurs fusils d’assaut, longent à pas de loup les murs et trottoirs peints aux couleurs de l’Union Jacq. »

Le détail étant le piment du reportage, à chaque instant, il faut donc s’efforcer de trouver les notations qui vont donner une idée exacte de la scène rapportée et permettre au lecteur de se la représenter.

Exemple : « Trois barres de béton surplombent un gros bourg de briques rouges, à un quart d’heure de Senlis et de l’autoroute A1. Lugubres vigies à peine camouflées par une double rangée de grillage vert et guettées par quelques miradors blancs. ‘’J’ai immédiatement pensé à un camp de concentration’’, avoue un membre du personnel. Comment le contredire ? »[2]

D’abord une description assortie de notations qui mettent en condition. Puis une citation forte (camp de concentration) suivie d’une césure où le journaliste s’interroge.

La description est également souvent utilisée comme accroche pour capter l’attention du lecteur ‘’zappant ‘’ au hasard des pages et des articles de son journal.

Un article du monde sur la condition de la femme illustre bien la technique de la description comme accroche photographique ou cinématographique :

« Bali. Île éblouissante. Camaïeux verts des rizières étagées. Flasques luisantes où se reflètent les palmiers et les frangipaniers. Camaïeux blonds des villages assoupis dans un soleil qui réchauffe les cases enfermées dans un mur de terre ocre. Dans cet espace clos vit la famille balinaise et, dès leur plus jeune âge […] ». Notons pour conclure que c’est dans les articles d’ambiance et les reportages que la description trouve ses lettres de noblesse. Voici ce qu’en dit Martin Lagardette : « Le reporter, c’est un œil, un nez et une oreille branchés sur un stylo. Il notera avec précision tout ce qui constitue l’évènement principal. Il enregistrera l’ensemble avec un luxe de détails qui lui seront indispensables par la suite pour raconter le spectacle, situer l’environnement, rendre la ‘’couleur locale’’. En fait, il agira comme un metteur en scène. Le décor est important, comme le sont l’atmosphère et l’ambiance. Le lecteur doit se croire au cinéma, emporté dans une aventure. La description des personnages, leurs attitudes, leurs actions, leurs vêtements, leurs façons de parler, tout doit concourir à imaginer la situation, à la rendre vivante et prenante. […] Il faut faire voir, entendre, sentir, vivre et toucher. »

Gnimdéwa Atakpama


[1] Cité par Yves Agnès, Manuel de journalisme, La découverte, Paris, 2008.

[2] Idem