Le portrait politique selon Suetone

30 juin 2020 0 Par Gnim
Le portrait politique selon Suetone

Comment raconter une histoire en se servant de modèles: sur les traces de Suetone

Selon Aristote, les récits ont un commencement, un milieu et une fin. Il est nécessaire de le remercier mais cela n’avance pas un auteur soucieux de raconter une histoire. Presque chaque problème dans l’art de porter à la connaissance du public une histoire, a déjà été considéré et résolu par quelqu’un d’autre dans le passé. N’hésitez pas à vous abreuver à leurs sources !

Si vous voulez aborder le portrait politique, je vous conseille de vous inspirer de l’historien romain Suétone.

Suetone (Caïus Suetonius Tranquillus), contemporain de Tacite a écrit de nombreux livres en grec et en latin, sur une diversité de sujets : histoire, grammaire, archéologie, les jeux d’enfants chez les Grecs, les spectacles chez les Romains, les mœurs romaines, etc. Mais c’est surtout par ses biographies qu’il est connu. Donc si vous voulez écrire des portraits notamment politiques, c’est le mentor qu’il vous faut.

Suetone adopte dans ses portraits un mode de composition très original. Il agence son texte par sections bien délimitées, en fonction des vertus et des vices qu’il découvre chez ses sujets, en l’occurrence les césars, dans la vie publique et surtout dans la vie privée. Il prend soin de bien choisir parmi les faits glanés ceux qui sont les plus significatifs. Son intention étant de suggérer avec adresse une certaine perception relative de son sujet. Ses propres commentaires sont certes rares, mais loin d’être une marque d’impartialité, c’est une technique pour glisser, l’air de rien, ses options profondes concernant ses personnages. Pour aider à cerner le personnage, préciser son caractère, Suetone fait sien cette maxime de Plutarque : « Ce n’est surtout pas dans les actions les plus éclatantes que se manifeste la vertu ou le vice- souvent, au contraire, un petit fait, un mot, une plaisanterie montrent mieux le caractère que les combats qui font des milliers de morts, que les batailles rangées et les sièges les plus importants. » Aussi, préfère-t-il les « petits faits vrais »…et beaucoup d’anecdotes. Ces dernières sont essentielles pour pénétrer dans l’intimité de la personne.

La description du sujet est un élément important. Il est utile d’user de comparaison et de métaphores pour faire comprendre au lecteur l’aspect physique ou la personnalité du sujet. Suetone n’hésitait à faire référence à des personnages connus ou à la ressemblance avec des animaux. Voici pour s’en rendre compte un extrait du portrait de Caligula : « Caligula avait la taille haute, le teint livide, le corps mal proportionné, le cou et les jambes tout à fait grêles, les yeux enfoncés et les tempes creuses, le front large et mal conformé, les cheveux rares, le sommet de la tête chauve, le reste du corps velu ; aussi, lorsqu’il passait, était-ce un crime capital de regarder au loin et de haut ou simplement de prononcer le mot chèvre, pour quelque raison que ce fût. »

Autre ingrédient essentiel du portrait suetonien, les citations authentiques du personnage ou de ceux qui parlent de lui, y compris en portant des jugements. De même l’accumulation de détails triviaux qui donnent une touche réaliste au récit.

On dit du texte suetonien qu’il est organisé, en quelque sorte, suivant la technique moderne des bandes dessinées.

Gnimdéwa Atakpama