Le récit d’action selon Tacite

30 juin 2020 0 Par Gnim
Le récit d’action selon Tacite

Comment raconter une histoire en se servant de modèles: le récit d’action d’après Tacite

Selon Aristote, les récits ont un commencement, un milieu et une fin. Il est nécessaire de le remercier mais cela n’avance pas un auteur soucieux de raconter une histoire. Presque chaque problème dans l’art de porter à la connaissance du public une histoire, a déjà été considéré et résolu par quelqu’un d’autre dans le passé. N’hésitez pas à vous abreuver à leurs sources !

Si vous ne savez pas comment aborder le récit d’action, rien de mieux que d’aller à l’école de l’historien romain Tacite.

Tacite (Publius Cornelius Tacitus) est l’un des plus célèbres historiens latins de l’Antiquité. Il a exercé des fonctions relativement importantes dans l’empire romain notamment avocat et sénateur. Mais sa gloire, il la doit à son talent d’historien et surtout littéraire. Ses ouvrages qui nous sont parvenus sont : La Vie d’Agricola (De Vita Iulii Agricolae), La Germanie (De situ ac populis Germaniae), Le Dialogue des orateurs (Dialogus de oratoribus), Les Histoires (Historiae), Les Annales (Ab excessu diui Augusti).

Après un premier ouvrage (Le Dialogue des orateurs) renfermant une diversité de styles, écrit à l’âge où il sortait à peine de l’école, Tacite va acquérir tout au long de son parcours un style d’une puissante originalité.

L’art du récit selon Tacite ne consiste pas à raconter un ensemble de faits mais de produire un système narratif possédant sa propre unité interne. Gardez cela en tête quand vous écrivez un article : les faits ne racontent pas l’histoire. C’est l’histoire qui raconte les faits. N’utilisez donc pas un fait qui ne donne pas sens à votre histoire, quel que soit son intérêt intrinsèque.

N’hésitez pas à manifester votre présence dans l’histoire si cela peut aider la cause. En effet, Tacite apparaît souvent dans son récit sous la figure d’un narrateur pour orienter le lecteur à travers des faits denses en lui indiquant l’unité et la continuité.

Il y a deux manières principales de structurer un récit riche : l’ordre chronologique et la structure picaresque. Si Tacite, notamment dans Les Histoires et Les Annales, opte pour la première, il ne s’agit pas pour autant d’un cadre rigide à respecter scrupuleusement.  La succession des évènements entre eux comptaient pour lui bien davantage que leur datation précise. Et là où cela s’avère nécessaire, Tacite n’hésite pas à recourir à des retours en arrière. C’est d’ailleurs par un retour en arrière à valeur de bilan sur ce qui a suivi la mort de Néron et la situation au moment de ce consulat que commencent Les Histoires. Dans Les Annales, plutôt que de choisir de faire le bilan de la situation à la veille de l’avènement de Tibère, Tacite préfèrera présenter son sujet en justifiant à la fois son point de départ et le rapide retour en arrière qu’il nécessitait.

Citons pour finir quelques procédés caractéristiques de la technique narrative de Tacite. Il y a la caractérisation indirecte qui révèle une personnalité à travers une série de touches successives qui se complètent ou se corrigent. On le trouvera en association avec d’autres procédés notamment le contraste, l’art de la composition, la gradation et l’archétype.

On dit de la structure narrative de Tacite qu’elle rappelle celle d’un caméraman, qui prend des vues en direct, tout en faisant bouger sans cesse son appareil.

Gnimdéwa Atakpama